Photo : DRASSM

L’archéologie sous-marine aujourd’hui

Il existe une très grande diversité de sites archéologiques répartis sur le domaine public maritime. Il peut s’agir de sites autrefois terrestres et aujourd’hui submergés ou bien de vestiges de notre patrimoine engloutis (navires, avions,…) suite à des avaries, des tempêtes, des faits de guerre, etc. Sur l’ensemble des littoraux sous juridiction française (Atlantique, Manche, Méditerranée, Outre-mer), toutes les périodes chronologiques sont représentées, de la préhistoire à la seconde guerre mondiale. L’archéologie sous-marine est une discipline récente qui étudie le patrimoine maritime (qualifié de « bien culturel maritime ») conservé sous les eaux. Elle implique le plus souvent le recours à la plongée sous-marine. Pour les sites conservés en contexte d’estran, une fois la marée retirée, il est possible d’étudier les vestiges en privilégiant une approche plus « terrestre » bien que leur étude implique de composer avec les marées quotidiennes.

Selon le code du patrimoine, toute découverte fortuite de bien culturel maritime doit être laissée en place et immédiatement déclarée auprès des affaires maritimes qui en informent alors le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM). Ce service à compétence nationale du Ministère de la Culture, basé à Marseille depuis sa création en 1966 est en charge de la gestion, l’étude, la conservation et la valorisation des biens culturels maritimes. Issus du domaine public maritime, ces derniers appartiennent à l’Etat sauf si le légitime propriétaire peut être retrouvé.

Le DRASSM assure également annuellement, l’instruction et le suivi des projets de recherches archéologiques programmés. Il est ainsi en charge de la délivrance des autorisations de recherches archéologiques sous-marines pour des projets de prospection, de sondage et de fouille programmée dans le domaine public maritime.

La recherche en archives comme préalable à la recherche de terrain

La recherche au sein de centre d’archives (archives nationales, départementales, etc.) joue un rôle déterminant pour localiser un naufrage et identifier une épave. Une plongée dans les sources historiques permet de dénicher de précieuses informations telles que le nom du navire, la date du naufrage, sa provenance, sa destination, son lieu de construction etc. Ces sources historiques peuvent être de nature variée : récits de naufrage, correspondances, cartes, plans, dessins, mémoires techniques, etc.

La prospection sous-marine ou le déploiement d’outils de recherche de pointe

Photo : DRASSM

Dès lors qu’une zone de recherche est définie, notamment à partir de l’analyse en archives, une prospection à l’aide de matériels spécialisés peut être réalisée afin d’explorer méthodiquement un secteur maritime.

Certains appareils de détection sont capables de repérer des masses métalliques, d’autres de souligner les reliefs particuliers du fond marin ou bien encore d’explorer les couches sédimentaires.

Le sonar à balayage latéral

Un appareil qui émet des ondes acoustiques vers le fond marin et enregistre en retour leur intensité. Le sonar détecte ainsi des anomalies anthropiques ou géologiques qui se détachent du fond marin. Le traitement des données permet ensuite d’analyser la forme et la dimension de l’anomalie mise en évidence.

Le magnétomètre

Il permet de détecter les variations de champ magnétique terrestre afin de détecter des masses métalliques. Cet outil permet de mettre en évidence des épaves métalliques (XIXes. – XXes.) ou bien encore des objets en métal révélateurs de la présence d’épaves plus anciennes sous les sédiments tels que les ancres ou les canons.

Le sondeur multifaisceaux

Il est un appareil acoustique qui émet des ondes et mesure leur vitesse de retour afin de déterminer le relief du fond marin et en assurer la cartographie.

Le pénétrateur de sédiments

Il analyse les couches sédimentaires des fonds marins et détecte à la fois les changements de nature du substrat et distingue les anomalies d’origine tant naturelles qu’anthropiques.

La découverte de vestiges

Ces opérations de détection systématique permettent de documenter le fond marin et partant de révéler aux archéologues des objets isolés ou des sites cohérents. L’étape suivante consiste à opérer une plongée d’expertise afin de déterminer la nature de l’anomalie ou l’emprise du site, sa chronologie, son état de conservation, etc.

Dès lors qu’un gisement archéologique important est découvert, plusieurs types d’opérations peuvent y être réalisés :

Sondage et fouille archéologique

Lors d’opérations de sondages ou de fouilles sous-marines, les vestiges archéologiques sont progressivement dégagés par les archéologues à l’aide d’aspirateurs à sédiments (suceuse à eau ou à air). Chacun des vestiges découverts est dessiné et positionné sur un plan avec précision. Un carroyage est souvent utilisé pour subdiviser le site et faciliter les relevés.

La photographie

Des photographies sont prises à chaque étape de la fouille afin d’enregistrer et documenter les vestiges in situ. De plus en plus souvent ces dernières années, une couverture photographique très détaillée est réalisée afin d’obtenir une couverture photogrammétrique permettant de restituer le site en 3D. Ces restitutions permettent non seulement de contribuer à la réalisation d’un plan général des vestiges mais également participent de sa valorisation auprès du public.

Prélèvements de mobiliers

Avant d’être remontés à la surface, les mobiliers sont tour à tour dessinés, positionnés puis photographiés et étiquetés. Soumis à l’autorisation du Drassm, le prélèvement d’objet est ensuite réalisé avec d’infinie précaution car pour l’essentiel les biens culturels maritimes demeurent extrêmement fragiles.

De la conservation à la valorisation des biens culturels maritimes

Dès la découverte d’un bien culturel maritime mobilier des mesures doivent être mises en œuvre dès sa sortie de l’eau afin de lui assurer une bonne conservation jusqu’à sa valorisation auprès du public car un objet archéologique provenant de fouilles sous-marines a subi de nombreuses transformations lors de son enfouissement. Si l’objet n’est pas pris en charge dans le cadre d’une campagne de conservation préventive, un cycle de destruction va entraîner la perte de la surface originelle de l’objet. Or, cette dernière est porteuse d’informations archéologiques puisqu’elle recèle les décors, motifs et inscriptions qui peuvent permettre l’analyse typologique, historique ou épistémologique de l’objet.
Sans mesures de conservation préventive, une fois à la surface, le sel marin recristallise sur les panses des céramiques entrainant des pertes de matière, les métaux se corrodent, parfois de façon spectaculaire, et irrémédiable pour le fer, les matériaux organiques s’assèchent dramatiquement en perdant leur forme et leur structure.
De nombreuses techniques de conservation peuvent être déployées afin de stabiliser les objets selon la nature des matériaux : électrochimiques ou chimiques, imprégnation de résines, dessalage. Elles doivent cependant être réalisées par des laboratoires spécialisés. L’inconvénient majeur de ces traitements réside dans leur durée, puisqu’en fonction de la nature de l’objet et de son milieu d’enfouissement (eau douce, eau de mer), ils peuvent réclamer de quelques mois à plusieurs années (3 ans pour les objets en fonte de fer provenant de l’eau de mer).

Après les opérations de terrain, l’analyse post-fouille des vestiges permet de déterminer leur fonction, le lieu de production etc. Au regard de leur intérêt scientifique et muséographique, certains sont valorisés au travers d’expositions temporaires ou permanentes, en particulier au sein de musées. Environ deux cent musées localisés en métropole comme en outre-mer présentent ainsi au sein de leur collection permanente des mobiliers issus des fonds marins.
Au-delà de cette politique de mise en dépôt de bien culturel maritime par le DRASSM dans les musées, le discours vers les publics procède d’une stratégie soutenue lors d’expositions temporaires, comme par exemple l’exposition interrégionale itinérante « La Mer pour mémoire : archéologie sous-marine des épaves atlantiques » (Douarnenez, Saint-Brieuc, Tatihou, Luc-sur-Boulogne, Saint-Malo, Rennes, Quiberon, Nantes, 2005-2009).
D’autres expositions, parfois plus confidentielles permettent de valoriser à l’échelle d’une région, voire d’un département, des collections plus ciblées. On mentionnera notamment l’exposition « L’Indian : les vestiges et l’histoire d’un naufrage oublié » présentée à l’Écomusée des goémoniers de Plouguerneau entre le 19 juin et le 23 septembre 2018. Elle présente une sélection d’objets issus de l’épave d’un navire anglais transportant un corps expéditionnaire vers l’Amérique du sud et naufragé au large de Kerlouan en Finistère nord dans la nuit du 9 au 10 décembre 1817.

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