A la recherche du navire de la Duchesse Anne

La Région Bretagne et le Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines du ministère de la Culture (DRASSM) ont souhaité s’allier dans le cadre de la recherche des épaves de la Cordelière  et du Regent, deux navires coulés à la suite d’un affrontement d’anthologie au large de Brest.
En effet, le naufrage simultané, en août 1512, de la Cordelière et du Regent, deux des plus grands navires de leur époque, a profondément marqué la période et laissé une empreinte historique forte, très présente dans la littérature tant anglaise que franco-bretonne au point qu’on en parle encore aujourd’hui. Leur découverte permettrait de documenter l’histoire de l’évolution de la construction navale et du fait maritime au tournant des XVe et XVIe siècles.
Un premier et ambitieux projet de recherche des deux épaves a eu lieu entre 1996 et 2001. Conduites par Max Guérout, auteur du Dernier Combat de la Cordelière (Editions Le Télégramme, 2012), et l’association Groupe de recherches en archéologie navale (GRAN), les cinq campagnes de prospection totalisant 106 jours et 385 plongées, menées entre Bertheaume et le goulet n’ont malheureusement pas permis de retrouver les deux navires mais elles ont permis de découvrir trois épaves, non répertoriées à l’époque, datant du XVII-XIXe siècle.

Les archéologues remontent à bord du navire du ministère de la Culture André Malraux  ©Teddy_Seguin_DRASSM

Ces investigations ont également conduit à dresser un premier inventaire de la documentation disponible, notamment dans les archives françaises, et offrent de ce fait une base de réflexion non négligeable pour organiser de nouvelles recherches.
L’objectif de ce nouveau projet de recherche est de lancer une campagne de prospection en 2018 et 2019. Face à la complexité de cette recherche, le DRASSM a choisi de rassembler une équipe pluridisciplinaire associant des archéologues, des historiens, des archivistes, des roboticiens, des géographes, des marins, des hydrographes et des géomorphologues.
Afin de préparer la nouvelle campagne de prospection de l’été 2018, différentes actions ont été menées simultanément.

La recherche documentaire et archivistique

Coordonnée par le laboratoire Temps, Mondes et Société (TEMOS) de l’Université de Bretagne sud , cette recherche documentaire vise à reprendre l’étude méthodique des quelques sources déjà récolées puis d’élargir la recherche vers des fonds qui n’ont jusqu’à présent jamais été exploités en Bretagne, en France mais aussi en Angleterre. L’objectif est de documenter le mieux possible le contexte historique de la bataille navale et du naufrage des deux grandes nefs. La découverte, par exemple, de nouveaux témoignages sur cette catastrophe serait précieux.

La recherche géomorphologique, hydrographique géophysique et robotique

Grâce aux données fournies par le SHOM (Service hydrographique et océanographique de la Marine), on connait précisément les horaires de marées à l’approche du goulet de Brest le jour même du naufrage. L’IFREMER , pour sa part, est chargé de réétudier les données des prospections électroniques d’ores et déjà réalisées sur la zone présumée du naufrage. Grâce, notamment, à des sonars à balayage latéral, cette technique permet de cartographier les fonds marins en fournissant des données précises sur la morphologie, les reliefs et la nature des fonds marins. Afin de balayer une large surface des espaces sous-marins concernés, les étudiants ingénieurs de l’ENSTA Bretagne réalisent une prospection avec un groupe de robots sous-marins autonomes afin de constituer une carte magnétique de la zone présumée du naufrage.

Les données de la réflexion

Grâce aux données fournies par ces différentes recherches, une première campagne de prospection est lancée à l’été 2018 sur une zone plus proche du goulet de Brest que celle analysée entre 1996 et 2001. En effet, une nouvelle hypothèse, quant à la direction du vent et de l’endroit où s’était positionnée la flotte franco-bretonne dans l’attente de l’ennemi, situerait la localisation du combat plus près de l’entrée ouest du goulet.

A cela s’ajoute le constat que lors des campagnes précédentes, une erreur a sans doute été commise sur les horaires des marées le jour de la bataille et donc sur l’éventuelle dérive des deux navires pendant l’affrontement. Selon la nouvelle estimation, qui tient compte du passage du calendrier julien au calendrier grégorien (en 1582), le combat serait survenu par coefficient de morte-eau et au moment où le niveau de la mer était stable (l’étale) .

Équipé d’un magnétomètre, d’un sonar à balayage latéral, d’un pénétrateur de sédiments et d’un sondeur multifaisceaux, le navire scientifique du DRASSM, l’André Malraux va prospecter la zone retenue afin de détecter des concentrations métalliques significatives car on évalue à environ 15-20 tonnes le poids des métaux résiduels (canons, ancres) reposant au sol pour les deux navires cumulés. Puis, si nécessaire, les archéologues plongeurs iront inspecter les zones où les anomalies semblent les plus significatives.

Les étudiants de l’ENSTA Bretagne testent un magnétomètre lors du sub-meeting de mai 2018 – ©Julien Ogor

Les perspectives

Si les épaves sont localisées et que leur état de conservation le permet, il conviendra de débuter une étude archéologique méthodique d’un gisement aussi rare que précieux qui permettrait sans nul doute d’enrichir nos connaissances dans le domaine de l’architecture navale de la fin du Moyen-Age, de l’artillerie, de la culture matérielle embarquée sur les navires breton et anglais soudainement disparus. Les recherches entreprises permettront également de dresser une carte archéologique détaillée de l’ensemble des vestiges culturels sous-marins de la zone.

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